beginning of Meditation VI / Meditations on First Philosophy / --

P17. Mais nous nous trompons aussi assez souvent, même dans les choses auxquelles nous sommes directement portés par la nature, comme il arrive aux malades, lorsqu'ils désirent de boire ou de manger des choses qui leur peuvent nuire. On dira peut-être ici que ce qui est cause qu'ils se trompent, est que leur nature est corrompue; mais cela n'ôte pas la difficulté, parce qu'un homme malade n'est pas moins véritablement la créature de Dieu, qu'un homme qui est en pleine santé; et partant il répugne autant à la bonté de Dieu, qu'il ait une nature trompeuse et fautive, que l'autre. Et comme une horloge, composée de roues et de contrepoids, n'observe pas moins exactement toutes les lois de la nature, lorsqu'elle est mal faite, et qu'elle ne montre pas bien les heures, que lorsqu'elle satisfait entièrement au désir de l'ouvrier; de même aussi, si je considère le corps de l'homme comme étant une machine tellement bâtie et composée d'os, de nerfs, de muscles, de veines, de sang et de peau, qu'encore bien qu'il n'y eût en lui aucun esprit, il ne laisserait pas de se mouvoir en toutes les mêmes façons qu'il fait à présent, lorsqu'il ne se meut point par la direction de sa volonté, ni par conséquent par l'aide de l'esprit, mais seulement par la disposition de ses organes, je reconnais facilement qu'il serait aussi naturel à ce corps, étant, par exemple, hydropique, de souffrir la sécheresse du gosier, qui a coutume de signifier à l'esprit le sentiment de la soif, et d'être disposé par cette sécheresse à mouvoir ses nerfs et ses autres parties, en la façon qui est requise pour boire, et ainsi d'augmenter son mal et se nuire à soi-même, qu'il lui est naturel, lorsqu'il n'a aucune indisposition, d'être porté à boire pour son utilité par une semblable sécheresse du gosier. Et quoique, regardant à l'usage auquel l'horloge a été destinée par son ouvrier, je puisse dire qu'elle se détourne de sa nature, lorsqu'elle ne marque pas bien les heures; et qu'en même façon, considérant la machine du corps humain comme ayant été formée de Dieu pour avoir en soi tous les mouvements qui ont coutume d'y être, j'aie sujet de penser qu'elle ne suit pas l'ordre de sa nature, quand son gosier est sec, et que le boire nuit à sa conservation; je reconnais toutefois que cette dernière façon d'expliquer la nature est beaucoup différente de l'autre. Car celle-ci n'est autre chose qu'une simple dénomination, laquelle dépend entièrement de ma pensée, qui compare un homme malade et une horloge mal faite, avec l'idée que j'ai d'un homme sain et d'une horloge bien faite, et laquelle ne signifie rien qui se retrouve en la chose dont elle se dit; au lieu que, par l'autre façon d'expliquer la nature, j'entends quelque chose qui se rencontre véritablement dans les choses, et partant qui n'est point sans quelque vérité.

P18. Mais certes, quoique, au regard du corps hydropique, ce ne soit qu'une dénomination extérieure, lorsqu'on dit que sa nature est corrompue, en ce que, sans avoir besoin de boire, il ne laisse pas d'avoir le gosier sec et aride; toutefois, au regard de tout le composé, c'est-à-dire de l'esprit ou de l'âme unie à ce corps, ce n'est pas une pure dénomination, mais bien une véritable erreur de nature, en ce qu'il a soif, lorsqu'il lui est très nuisible de boire; et partant, il reste encore à examiner comment la bonté de Dieu n'empêche pas que la nature de l'homme, prise de cette sorte, soit fautive et trompeuse.

P19. Pour commencer donc cet examen, je remarque ici, premièrement, qu'il y a une grande différence entre l'esprit et le corps, en ce que le corps, de sa nature, est toujours divisible, et que l'esprit est entièrement indivisible. Car en effet, lorsque je considère mon esprit, c'est-à-dire moi-même en tant que je suis seulement une chose qui pense, je n'y puis distinguer aucunes parties, mais je me conçois comme une chose seule et entière. Et quoique tout l'esprit semble être uni à tout le corps, toutefois un pied, ou un bras, ou quelque autre partie étant séparée de mon corps, il est certain que pour cela il n'y aura rien de retranché de mon esprit. Et les facultés de vouloir, de sentir, de concevoir, etc., ne peuvent pas proprement être dites ses parties: car le même esprit s'emploie tout entier à vouloir, et aussi tout entier à sentir, à concevoir, etc. Mais c'est tout le contraire dans les choses corporelles ou étendues: car il n'y en a pas une que je ne mette aisément en pièces par ma pensée, que mon esprit ne divise fort facilement en plusieurs parties et par conséquent que je ne connaisse être divisible. Ce qui suffirait pour m'enseigner que l'esprit ou l'âme de l'homme est entièrement différente du corps, si je ne l'avais déjà d'ailleurs assez appris.

P20. Je remarque aussi que l'esprit ne reçoit pas immédiatement l'impression de toutes les parties du corps, mais seulement du cerveau, ou peut-être même d'une de ses plus petites parties, à savoir de celle où s'exerce cette faculté qu'ils appellent le sens commun, laquelle, toutes les fois qu'elle est disposée de même façon, fait sentir la même chose à l'esprit, quoique cependant les autres parties du corps puissent être diversement disposées, comme le témoignent une infinité d'expériences, lesquelles il n'est pas ici besoin de rapporter.

P21. Je remarque, outre cela, que la nature du corps est telle, qu'aucune de ses parties ne peut être mue par une autre partie un peu éloignée, qu'elle ne le puisse être aussi de la même sorte par chacune des parties qui sont entre deux, quoique cette partie plus éloignée n'agisse point. Comme, par exemple, dans la corde A B C D qui est toute tendue, si l'on vient à tirer et remuer la dernière partie D, la première A ne sera pas remuée d'une autre façon, qu'on la pourrait aussi faire mouvoir, si on tirait une des parties moyennes, B ou C, et que la dernière D demeurât cependant immobile. Et en même façon, quand je ressens de la douleur au pied, la physique m'apprend que ce sentiment se communique par le moyen des nerfs dispersés dans le pied, qui se trouvant étendus comme des cordes depuis là jusqu'au cerveau, lorsqu'ils sont tirés dans le pied, tirent aussi en même temps l'endroit du cerveau d'où ils viennent et auquel ils aboutissent, et y excitent un certain mouvement, que la nature a institué pour faire sentir de la douleur à l'esprit, comme si cette douleur était dans le pied. Mais parce que ces nerfs doivent passer par la jambe, par la cuisse, par les reins, par le dos et par le col, pour s'étendre depuis le pied jusqu'au cerveau, il peut arriver qu'encore bien que leurs extrémités qui sont dans le pied ne soient point remuées, mais seulement quelques-unes de leurs parties qui passent par les reins ou par le col, cela néanmoins excite les mêmes mouvements dans le cerveau, qui pourraient y être excités par une blessure reçue dans le pied, en suite de quoi il sera nécessaire que l'esprit ressente dans le pied la même douleur que s'il y avait reçu une blessure. Et il faut juger le semblable de toutes les autres perceptions de nos sens.

P22. Enfin je remarque que, puisque de tous les mouvements qui se font dans la partie du cerveau dont l'esprit reçoit immédiatement l'impression, chacun ne cause qu'un certain sentiment, on ne peut rien en cela souhaiter ni imaginer de mieux, sinon que ce mouvement fasse ressentir à l'esprit, entre tous les sentiments qu'il est capable de causer, celui qui est le plus propre et le plus ordinairement utile à la conservation du corps humain, lorsqu'il est en pleine santé. Or l'expérience nous fait connaître, que tous les sentiments que la nature nous a donnés sont tels que je viens de dire; et partant, il ne se trouve rien en eux, qui ne fasse paraître la puissance et la bonté de Dieu qui les a produits. Ainsi, par exemple, lorsque les nerfs qui sont dans le pied sont remués fortement, et plus qu'à l'ordinaire, leur mouvement, passant par la moelle de l'épine du dos jusqu'au cerveau, fait une impression à l'esprit qui lui fait sentir quelque chose, à savoir de la douleur, comme étant dans le pied par laquelle l'esprit est averti et excité à faire son possibie pour en chasser la cause, comme très dangereuse et nuisible au pied. Il est vrai que Dieu pouvait établir la nature de l'homme de telle sorte, que ce même mouvement dans le cerveau fît sentir toute autre chose à l'esprit: par exemple, qu'il se fît sentir soi-même, ou en tant qu'il est dans le cerveau, ou en tant qu'il est dans le pied, ou bien en tant qu'il est en quelque autre endroit entre le pied et le cerveau, ou enfin quelque autre chose telle qu'elle peut être; mais rien de tout cela n'eût si bien contribué à la conservation du corps, que ce qu'il lui fait sentir. De même, lorsque nous avons besoin de boire, il naît de là une certaine sécheresse dans le gosier, qui remue ses nerfs, et par leur moyen les parties intérieures du cerveau; et ce mouvement fait ressentir à l'esprit le sentiment de la soif, parce qu'en cette occasion-là il n'y a rien qui nous soit plus utile que de savoir que nous avons besoin de boire, pour la conservation de notre santé; et ainsi des autres.

P23. D'où il est entièrement manifeste que, nonobstant la souveraine bonté de Dieu, la nature de l'homme, en tant qu'il est composé de l'esprit et du corps, ne peut qu'elle ne soit quelquefois fautive et trompeuse. Car s'il y a quelque cause qui excite, non dans le pied, mais en quelqu'une des parties du nerf qui est tendu depuis le pied jusqu'au cerveau, ou même dans le cerveau, le même mouvement qui se fait ordinairement quand le pied est mal disposé, on sentira de la douleur comme si elle était dans le pied, et le sens sera naturellement trompé; parce qu'un même mouvement dans le cerveau ne pouvant causer en l'esprit qu'un même sentiment, et ce sentiment étant beaucoup plus souvent excité par une cause qui blesse le pied, que par une autre qui soit ailleurs, il est bien plus raisonnable qu'il porte à l'esprit la douleur du pied que celle d'aucune autre partie. Et quoique la sécheresse du gosier ne vienne pas toujours, comme à l'ordinaire, de ce que le boire est nécessaire pour la santé du corps, mais quelquefois d'une cause toute contraire, comme expérimentent les hydropiques, toutefois il est beaucoup mieux qu'elle trompe en ce rencontre-là, que si, au contraire, elle trompait toujours lorsque le corps est bien disposé; et ainsi des autres.

P24. Et certes cette considération me sert beaucoup, non seulement pour reconnaître toutes les erreurs auxquelles ma nature estr sujette, mais aussi pour les éviter, ou pour les corriger plus facilement: car sachant que tous mes sens me signifient plus ordinairement le vrai que le faux, touchant les choses qui regardent les commodités ou incommodités du corps, et pouvant presque toujours me servir de plusieurs d'entre eux pour examiner une même chose, et outre cela, pouvant user de ma mémoire pour lier et joindre les connaissances présentes aux passées, et de mon entendement qui a déjà découvert toutes les causes de mes erreurs, je ne dois plus craindre désormais qu'il se rencontre de la fausseté dans les choses qui me sont le plus ordinairement représentées par mes sens. Et je dois rejeter tous les doutes de ces jours passés, comme hyperboliques et ridicules, particulièrement cette incertitude si générale touchant le sommeil, que je ne pouvais distinguer de la veille: car à présent j'y rencontre une très notable différence, en ce que notre mémoire ne peut jamais lier et joindre nos songes les uns aux autres et avec toute la suite de notre vie, ainsi qu'elle a de coutume de joindre les choses qui nous arrivent étant éveillés. Et, en effet, si quelqu'un, lorsque je veille, m'apparaissait tout soudain et disparaissait de même, comme font les images que je vois en dormant, en sorte que je ne pusse remarquer ni d'où il viendrait, ni où il irait, ce ne serait pas sans raison que je l'estimerais un spectre ou un fantôme formé dans mon cerveau, et semblable à ceux qui s'y forment quand je dors, plutôt qu'un vrai homme. Mais lorsque j'aperçois des choses dont je connais distinctement et le lieu d'où elles viennent, et celui où elles sont, et le temps auquel elles m'apparaissent et que, sans aucune interruption, je puis lier le sentiment que j'en ai, avec la suite du reste de ma vie, je suis entièrement assuré que je les aperçois en veillant, et non point dans le sommeil. Et je ne dois en aucune façon douter de la vérité de ces choses-là, si après avoir appelé tous mes sens, ma mémoire et mon entendement pour les examiner, il ne m'est rien rapporté par aucun d'eux, qui ait de la répugnance avec ce qui m'est rapporté par les autres. Car de ce que Dieu n'est point trompeur, il suit nécessairement que je ne suis point en cela trompé. Mais parce que la nécessité des affaires nous oblige souvent à nous déterminer, avant que nous ayons eu le loisir de les examiner si soigneusement, il faut avouer que la vie de l'homme est sujette à faillir fort souvent dans les choses particulières, et enfin il faut reconnaître l'infirmité et la faiblesse de notre nature.

...

De rerum materialium existentiâ, & reali mentis a corpore
distinctione.

P1. Reliquum est ut examinem an res materiales existant. Et quidem jam ad minimum scio illas, quatenus sunt purae Matheseos objectum, posse existere, quandoquidem ipsas clare & distincte percipio. Non enim dubium est quin Deus sit capax ea omnia efficiendi quae ego sic percipiendi sum capax; nihilque unquam ab illo fieri non posse judicavi, nisi propter hoc quòd illud a me distincte percipi repugnaret. Praeterea ex imaginandi facultate, quâ me uti experior, dum circa res istas materiales versor, sequi videtur illas existere; nam attentius consideranti quidnam sit imaginatio, nihil aliud esse apparet quàm quaedam applicatio facultatis cognoscitivae ad corpus ipsi intime praesens, ac proinde existens.

P2. Quod ut planum fiat, primò examino differentiam quae est inter imaginationem & puram intellectionem. Nempe, exempli causâ, cùm triangulum imaginor, non tantùm intelligo illud esse figuram tribus lineis comprehensam, sed simul etiam istas tres lineas tanquam praesentes acie mentis intueor, atque hoc est quod imaginari appello. Si verò de chiliogono velim cogitare, equidem aeque bene intelligo illud esse figuram constantem mille lateribus, ac intelligo triangulum esse figuram constantem tribus; sed non eodem modo illa mille latera imaginor, sive tanquam praesentia intueor. Et quamvis tunc, propter consuetudinem aliquid semper imaginandi, quoties de re corporeâ cogito, figuram forte aliquam confuse mihi repraesentem, patet tamen illam non esse chiliogonum, quia nullâ in re est diversa ab eâ quam mihi etiam repraesentarem, si de myriogono aliâve quâvis figurâ plurimorum laterum cogitarem; nec quicquam juvat ad eas proprietates, quibus chiliogonum ab aliis polygonis differt, agnoscendas. Si verò de pentagono quaestio sit, possum quidem ejus figuram intelligere, sicut figuram chiliogoni, absque ope imaginationis; sed possum etiam eandem imaginari, applicando scilicet aciem mentis ad ejus quinque latera, simulque ad aream iis contentam; & manifeste hîc animadverto mihi peculiari quâdam animi contentione opus esse ad imaginandum, quâ non utor ad intelligendum: quae nova animi contentio differentiam inter imaginationem & intellectionem puram clare ostendit.

P3. Ad haec considero istam vim imaginandi quae in me est, prout differt a vi intelligendi, ad meî ipsius, hoc est ad mentis meae essentiam non requiri; nam quamvis illa a me abesset, proculdubio manerem nihilominus ille idem qui nunc sum; unde sequi videtur illam ab aliquâ re a me diversâ pendere. Atque facilè intelligo, si corpus aliquod existat cui mens sit ita conjuncta ut ad illud veluti inspiciendum pro arbitrio se applicet, fieri posse ut per hoc ipsum res corporeas imaginer; adeo ut hic modus cogitandi in eo tantùm a purâ intellectione differat, quòd mens, dum intelligit, se ad seipsam quodammodo convertat, respiciatque aliquam ex ideis quae illi ipsi insunt; dum autem imaginatur, se convertat ad corpus, & aliquid in eo ideae vel a se intellectae vel sensu perceptae conforme intueatur. Facilè, inquam, intelligo imaginationem ita perfici posse, siquidem corpus existat; & quia nullus alius modus aeque conveniens occurrit ad illam explicandam, probabiliter inde conjicio corpus existere; sed probabiliter tantùm, & quamvis accurate omnia investigem, nondum tamen video ex eâ naturae corporeae ideâ distinctâ, quam in imaginatione meâ invenio, ullum sumi posse argumentum, quod necessariò concludat aliquòd corpus existere.

P4. Soleo verò alia multa imaginari, praeter illam naturam corpoream, quae est purae Matheseos objectum, ut colores, sonos, sapores, dolorem, & similia, sed nulla tam distincte; & quia haec percipio meliùs sensu, a quo videntur ope memoriae ad imaginationem pervenisse, ut commodiùs de ipsis agam, eâdem operâ etiam de sensu est agendum, videndumque an ex iis quae isto cogitandi modo, quem sensum appello, percipiuntur, certum aliquod argumentum pro rerum corporearum existentiâ habere possim.

P5. Et primo quidem apud me hîc repetam quaenam illa sint quae antehac, ut sensu percepta, vera esse putavi, & quas ob causas id putavi; deinde etiam causas expendam propter quas eadem postea in dubium revocavi; ac denique considerabo quid mihi nunc de iisdem sit credendum.

P6. Primo itaque sensi me habere caput, manus, pedes, & membra caetera ex quibus constat illud corpus, quod tanquam meî partem, vel forte etiam tanquam me totum spectabam; sensique hoc corpus inter alia multa corpora versari, a quibus variis commodis vel incommodis affici potest, & commoda ista sensu quodam voluptatis, & incommoda sensu doloris metiebar. Atque, praeter dolorem & voluptatem, sentiebam etiam in me famem, sitim, aliosque ejusmodi appetitus; itemque corporeas quasdam propensiones ad hilaritatem, ad tristitiam, ad iram, similesque alios affectus; foris verò, praeter corporum extensionem, & figuras, & motus, sentiebam etiam in illis duritiem, & calorem, aliasque tactiles qualitates; ac praeterea lumen, & colores, & odores, & sapores, & sonos, ex quorum varietate caelum, terram, maria, & reliqua corpora ab invicem distinguebam. Nec sane absque ratione, ob ideas istarum omnium qualitatum quae cogitationi meae se offerebant, & quas solas proprie & immediate sentiebam, putabam me sentire res quasdam a meâ cogitatione plane diversas, nempe corpora a quibus ideae istae procederent; experiebar enim illas absque ullo meo consensu mihi advenire, adeo ut neque possem objectum ullum sentire, quamvis vellem, nisi illud sensûs organo esset praesens, nec possem non sentire cùm erat praesens. Cùmque ideae sensu perceptae essent multo magis vividae & expressae, & suo etiam modo magis distinctae, quàm ullae ex iis quas ipse prudens & sciens meditando effingebam, vel memoriae meae impressas advertebam, fieri non posse videbatur ut a meipso procederent; ideoque supererat ut ab aliis quibusdam rebus advenirent. Quarum rerum cùm nullam aliunde notitiam haberem quàm ex istis ipsis ideis, non poterat aliud mihi venire in mentem quàm illas iis similes esse. Atque etiam quia recordabar me prius usum fuisse sensibus quàm ratione, videbamque ideas quas ipse effingebam non tam expressas esse, quàm illae erant quas sensu percipiebam, & plerumque ex earum partibus componi, facile mihi persuadebam nullam plane me habere in intellectu, quam non prius habuissem in sensu. Non etiam sine ratione corpus illud, quod speciali quodam jure meum appellabam, magis ad me pertinere quàm alia ulla arbitrabar: neque enim ab illo poteram unquam sejungi, ut a reliquis; omnes appetitus & affectus in illo & pro illo sentiebam; ac denique dolorem & titillationem voluptatis in ejus partibus, non autem in aliis extra illud positis, advertebam. Cur verò ex isto nescio quo doloris sensu quaedam animi tristitia, & ex sensu titillationis laetitia quaedam consequatur, curve illa nescio quae vellicatio ventriculi, quam famem voco, me de cibo sumendo admoneat, gutturis verò ariditas de potu, & ita de caeteris, non aliam sane habebam rationem, nisi quia ita doctus sum a naturâ; neque enim ulla plane est affinitas (saltem quam ego intelligam) inter istam vellicationem & cibi sumendi voluntatem, sive inter sensum rei dolorem inferentis, & cogitationem tristitiae ab isto sensu exortae. Sed & reliqua omnia, quae de sensuum objectis judicabam, videbar a naturâ didicisse: priùs enim illa ita se habere mihi persuaseram, quàm rationes ullas quibus hoc ipsum probaretur expendissem.

P7. Postea verò multa paulatim experimenta fidem omnem quam sensibus habueram labefactarunt; nam & interdum turres, quae rotundae visae fuerant è longinquo, quadratae apparebant è propinquo, & statuae permagnae, in eorum fastigiis stantes, non magnae è terrâ spectanti videbantur; & talibus aliis innumeris in rebus sensuum externorum judicia falli deprehendebam. Nec externorum duntaxat, sed etiam internorum; nam quid dolore intimius esse potest? Atqui audiveram aliquando ab iis, quibus crus aut brachium fuerat abscissum, se sibi videri adhuc interdum dolorem sentire in eâ parte corporis quâ carebant; ideoque etiam in me non plane certum esse videbatur membrum aliquod mihi dolere, quamvis sentirem in eo dolorem. Quibus etiam duas maxime generales dubitandi causas nuper adjeci: prima erat, quòd nulla unquam, dum vigilo, me sentire crediderim, quae non etiam inter dormiendum possim aliquando putare me sentire; cùm que illa, quae sentire mihi videor in somnis, non credam a rebus extra me positis mihi advenire, non advertebam quare id potius crederem de iis quae sentire mihi videor vigilando. Altera erat, quòd cùm authorem meae originis adhuc ignorarem, vel saltem ignorare me fingerem, nihil videbam obstare quominus essem naturâ ita constitutus ut fallerer, etiam in iis quae mihi verissima apparebant. Et quantum ad rationes quibus antea rerum sensibilium veritatem mihi persuaseram, non difficulter ad illas respondebam. Cùm enim viderer ad multa impelli a naturâ, quae ratio dissuadebat, non multùm fidendum esse putabam iis quae a naturâ docentur. Et quamvis sensuum perceptiones a voluntate meâ non penderent, non ideo concludendum esse putabam illas a rebus a me diversis procedere, quia forte aliqua esse potest in meipso facultas, etsi mihi nondum cognita, illarum effectrix.

P8. Nunc autem, postquam incipio meipsum meaeque authorem originis melius nosse, non quidem omnia, quae habere videor a sensibus, puto esse temere admittenda; sed neque etiam omnia in dubium revocanda.

P9. Et primò, quoniam scio omnia quae clare & distincte intelligo, talia a Deo fieri posse qualia illa intelligo, satis est quòd possim unam rem absque alterâ clare & distincte intelligere, ut certus sim unam ab alterâ esse diversam, quia potest saltem a Deo seorsim poni; & non refert a quâ potentiâ id fiat, ut diversa existimetur; ac proinde, ex hoc ipso quòd sciam me existere, quòdque interim nihil plane aliud ad naturam sive essentiam meam pertinere animadvertam, praeter hoc solum quòd sim res cogitans, recte concludo meam essentiam in hoc uno consistere, quòd sim res cogitans. Et quamvis fortasse (vel potiùs, ut postmodum dicam, pro certo) habeam corpus, quod mihi valde arcte conjunctum est, quia tamen ex unâ parte claram & distinctam habeo ideam meî ipsius, quatenus sum tantùm res cogitans, non extensa, & ex aliâ parte distinctam ideam corporis, quatenus est tantùm res extensa, non cogitans, certum est me a corpore meo revera esse distinctum, & absque illo posse existere.

P10. Praeterea invenio in me facultates specialibus quibusdam modis cogitandi, puta facultates imaginandi & sentiendi, sine quibus totum me possum clare & distincte intelligere, sed non vice versâ illas sine me, hoc est sine substantiâ intelligente cui insint: intellectionem enim nonnullam in suo formali conceptu includunt, unde percipio illas a me, ut modos a re, distingui. Agnosco etiam quasdam alias facultates, ut locum mutandi, varias figuras induendi, & similes, quae quidem non magis quàm praecedentes, absque aliquâ substantiâ cui insint, possunt intelligi, nec proinde etiam absque illâ existere: sed manifestum est has, siquidem existant, inesse debere substantiae corporeae sive extensae, non autem intelligenti, quia nempe aliqua extensio, non autem ulla plane intellectio, in earum claro & distincto conceptu continetur. Jam verò est quidem in me passiva quaedam facultas sentiendi, sive ideas rerum sensibilium recipiendi & cognoscendi, sed ejus nullum usum habere possem, nisi quaedam activa etiam existeret, sive in me, sive in alio, facultas istas ideas producendi vel efficiendi. Atque haec sane in me ipso esse non potest, quia nullam plane intellectionem praesupponit, & me non cooperante, sed saepe etiam invito, ideae istae producuntur: ergo superest ut sit in aliquâ substantiâ a me diversâ, in quâ quoniam omnis realitas vel formaliter vel eminenter inesse debet, quae est objective in ideis ab istâ facultate productis (ut jam supra animadverti), vel haec substantia est corpus, sive natura corporea, in quâ nempe omnia formaliter continentur quae in ideis objective; vel certe Deus est, vel aliqua creatura corpore nobilior, in quâ continentur eminenter. Atqui, cùm Deus non sit fallax, omnino manifestum est illum nec per se immediate istas ideas mihi immittere, nec etiam mediante aliquâ creaturâ, in quâ earum realitas objectiva, non formaliter, sed eminenter tantùm contineatur. Cùm enim nullam plane facultatem mihi dederit ad hoc agnoscendum, sed contrà magnam propensionem ad credendum illas a rebus corporeis emitti, non video quâ ratione posset intelligi ipsum non esse fallacem, si aliunde quàm a rebus corporeis emitterentur. Ac proinde res corporeae existunt. Non tamen forte omnes tales omnino existunt, quales illas sensu comprehendo, quoniam ista sensuum comprehensio in multis valde obscura est & confusa; sed saltem illa omnia in iis sunt, quae clare & distincte intelligo, id est omnia, generaliter spectata, quae in purae Matheseos objecto comprehenduntur.

P11. Quantum autem attinet ad reliqua quae vel tantùm particularia sunt, ut quòd sol sit talis magnitudinis aut figurae &c., vel minus clare intellecta, ut lumen, sonus, dolor, & similia, quamvis valde dubia & incerta sint, hoc tamen ipsum, quòd Deus non sit fallax, quòdque idcirco fieri non possit ut ulla falsitas in meis opinionibus reperiatur, nisi aliqua etiam sit in me facultas a Deo tributa ad illam emendandam, certam mihi spem ostendit veritatis etiam in iis assequendae. Et sane non dubium est quin ea omnia quae doceor a naturâ aliquid habeant veritatis: per naturam enim, generaliter spectatam, nihil nunc aliud quàm vel Deum, ipsum, vel rerum creatarum coordinationem a Deo institutam intelligo; nec aliud per naturam meam in particulari, quàm complexionem eorum omnium quae mihi a Deo sunt tributa.

P12. Nihil autem est quod me ista natura magis expresse doceat, quàm quòd habeam corpus, cui male est cùm dolorem sentio, quod cibo vel potu indiget, cùm famem aut sitim patior, & similia; nec proinde dubitare debeo, quin aliquid in eo sit veritatis.

P13. Docet etiam natura, per istos sensus doloris, famis, sitis & c., me non tantùm adesse meo corpori ut nauta adest navigio, sed illi arctissime esse conjunctum & quasi permixtum, adeo ut unum quid cum illo componam. Alioqui enim, cùm corpus laeditur, ego, qui nihil aliud sum quàm res cogitans, non sentirem idcirco dolorem, sed puro intellectu laesionem istam perciperem, ut nauta visu percipit si quid in nave frangatur; & cùm corpus cibo vel potu indiget, hoc ipsum expresse intelligerem, non confusos famis & sitis sensus haberem. Nam certe isti sensus sitis, famis, doloris &c., nihil aliud sunt quàm confusi quidam cogitandi modi ab unione & quasi permixtione mentis cum corpore exorti.

P14. Praeterea etiam doceor a naturâ varia circa meum corpus alia corpora existere, ex quibus nonnulla mihi prosequenda sunt, alia fugienda. Et certe, ex eo quòd valde diversos sentiam colores, sonos, odores, sapores, calorem, duritiem, & similia, recte concludo, aliquas esse in corporibus, a quibus variae istae sensuum perceptiones adveniunt, varietates iis respondentes, etiamsi forte iis non similes; atque ex eo quòd quaedam ex illis perceptionibus mihi gratae sint, aliae ingratae, plane certum est meum corpus, sive potius me totum, quatenus ex corpore & mente sum compositus, variis commodis & incommodis a circumjacentibus corporibus affici posse.

P15. Multa verò alia sunt quae, etsi videar a naturâ doctus esse, non tamen revera ab ipsâ, sed a consuetudine quâdam inconsiderate judicandi accepi, atque ideo falsa esse facile contingit: ut quòd omne spatium, in quo nihil plane occurrit quod meos sensus moveat, sit vacuum; quòd in corpore, exempli gratiâ, calido aliquid sit plane simile ideae caloris quae in me est, in albo aut viridi sit eadem albedo aut viriditas quam sentio, in amaro aut dulci idem sapor, & sic de caeteris; quòd & astra & turres, & quaevis alia remota corpora ejus sint tantùm magnitudinis & figurae, quam sensibus meis exhibent, & alia ejusmodi. Sed ne quid in hac re non satis distincte percipiam, accuratiùs debeo definire quid proprie intelligam, cùm dico me aliquid doceri a naturâ. Nempe hîc naturam strictiùs sumo, quàm pro complexione eorum omnium quae mihi a Deo tributa sunt; in hac enim complexione multa continentur quae ad mentem solam pertinent, ut quòd percipiam id quod factum est infectum esse non posse, & reliqua omnia quae lumine naturali sunt nota, de quibus hîc non est sermo; multa etiam quae ad solum corpus spectant, ut quòd deorsum tendat, & similia, de quibus etiam non ago, sed de iis tantùm quae mihi, ut composito ex mente & corpore, a Deo tributa sunt. Ideoque haec natura docet quidem ea refugere quae sensum doloris inferunt, & ea prosequi quae sensum voluptatis, & talia; sed non apparet illam praeterea nos docere ut quicquam ex istis sensuum perceptionibus sine praevio intellectûs examine de rebus extra nos positis concludamus, quia de iis verum scire ad mentem solam, non autem ad compositum, videtur pertinere. Ita quamvis stella non magis oculum meum quàm ignis exiguae facis afficiat, nulla tamen in eo realis sive positiva propensio est ad credendum illam non esse majorem, sed hoc sine ratione ab ineunte aetate judicavi; & quamvis ad ignem accedens sentio calorem, ut etiam ad eundem nimis prope accedens sentio dolorem, nulla profecto ratio est quae suadeat in igne aliquid esse simile isti calori, ut neque etiam isti dolori, sed tantummodo in eo aliquid esse, quodcunque demum sit, quod istos in nobis sensus caloris vel doloris efficiat; & quamvis etiam in aliquo spatio nihil sit quod moveat sensum, non ideo sequitur in eo nullum esse corpus: sed video me in his aliisque permultis ordinem naturae pervertere esse assuetum, quia nempe sensuum perceptionibus, quae proprie tantùm a naturâ datae sunt ad menti significandum quaenam composito, cujus pars est, commoda sint vel incommoda, & eatenus sunt satis clarae & distinctae, utor tanquam regulis certis ad immediate dignoscendum quaenam sit corporum extra nos positorum essentia, de quâ tamen nihil nisi valde obscure & confuse significant.

P16. Atqui jam ante satis perspexi quâ ratione, non obstante Dei bonitate, judicia mea falsa esse contingat. Sed nova hîc occurrit difficultas circa illa ipsa quae tanquam persequenda vel fugienda mihi a naturâ exhibentur, atque etiam circa internos sensus in quibus errores videor deprehendisse: ut cùm quis, grato cibi alicujus sapore delusus, venenum intus latens assumit. Sed nempe tunc tantùm a naturâ impellitur ad illud appetendum in quo gratus sapor consistit, non autem ad venenum, quod plane ignorat; nihilque hinc aliud concludi potest, quàm naturam istam non esse omnisciam: quod non mirum, quia, cùm homo sit res limitata, non alia illi competit quàm limitatae perfectionis.

P17. At verò non raro etiam in iis erramus ad quae a naturâ impellimur: ut cùm ii qui aegrotant, potum vel cibum appetunt sibi paulo post nociturum. Dici forsan hîc poterit, illos ob id errare, quòd natura eorum sit corrupta; sed hoc difficultatem non tollit, quia non minus vere homo aegrotus creatura Dei est quàm sanus; nec proinde minus videtur repugnare illum a Deo fallacem naturam habere. Atque ut horologium ex rotis & ponderibus confectum non minus accurate leges omnes naturae observat, cùm male fabricatum est & horas non recte indicat, quàm cùm omni ex parte artificis voto satisfacit: ita, si considerem hominis corpus, quatenus machinamentum quòddam est ex ossibus, nervis, musculis, venis, sanguine & pellibus ita aptum & compositum, ut, etiamsi nulla in eo mens existeret, eosdem tamen haberet omnes motus qui nunc in eo non ab imperio voluntatis nec proinde a mente procedunt, facile agnosco illi aeque naturale fore, si, exempli causâ, hydrope laboret, eam faucium ariditatem pati, quae sitis sensum menti inferre solet, atque etiam ab illâ ejus nervos & reliquas partes ita disponi ut potum sumat ex quo morbus augeatur, quàm, cùm nullum tale in eo vitium est, a simili faucium siccitate moveri ad potum sibi utile assumendum. Et quamvis, respiciens ad praeconceptum horologii usum, dicere possim illud, cùm horas non recte indicat, a naturâ suâ deflectere; atque eodem modo, considerans machinamentum humani corporis tanquam comparatum ad motus qui in eo fieri solent, putem illud etiam a naturâ suâ aberrare, si ejus fauces sint aridae, cùm potus ad ipsius conservationem non prodest; satis tamen animadverto hanc ultimam naturae acceptionem ab alterâ multùm differre: haec enim nihil aliud est quàm denominatio a cogitatione meâ, hominem aegrotum & horologium male fabricatum cum ideâ hominis sani & horologii recte facti comparante, dependens, rebusque de quibus dicitur extrinseca; per illam verò aliquid intelligo quod revera in rebus reperitur, ac proinde nonnihil habet veritatis.

P18. Ac certe, etiamsi respiciendo ad corpus hydrope laborans, sit tantùm denominatio extrinseca, cùm dicitur ejus natura esse corrupta, ex eo quòd aridas habeat fauces, nec tamen egeat potu; respiciendo tamen ad compositum, sive ad mentem tali corpori unitam, non est pura denominatio, sed verus error naturae, quòd sitiat cùm potus est ipsi nociturus; ideoque hîc remanet inquirendum, quo pacto bonitas Dei non impediat quominus natura sic sumpta sit fallax.

P19. Nempe imprimis hîc adverto magnam esse differentiam inter mentem & corpus, in eo quòd corpus ex naturâ suâ sit semper divisibile, mens autem plane indivisibilis; nam sane cùm hanc considero, sive meipsum quatenus sum tantùm res cogitans, nullas in me partes possum distinguere, sed rem plane unam & integram me esse intelligo; & quamvis toti corpori tota mens unita esse videatur, abscisso tamen pede, vel brachio, vel quâvis aliâ corporis parte, nihil ideo de mente subductum esse cognosco; neque etiam facultates volendi, sentiendi, intelligendi &c. ejus partes dici possunt, quia una & eadem mens est quae vult, quae sentit, quae intelligit. Contrà verò nulla res corporea sive extensa potest a me cogitari, quam non facile in partes cogitatione dividam, atque hoc ipso illam divisibilem esse intelligam: quod unum sufficeret ad me docendum, mentem a corpore omnino esse diversam, si nondum illud aliunde satis scirem.

P20. Deinde adverto mentem non ab omnibus corporis partibus immediate affici, sed tantummodo a cerebro, vel forte etiam ab unâ tantùm exiguâ ejus parte, nempe ab eâ in quâ dicitur esse sensus communis; quae, quotiescunque eodem modo est disposita, menti idem exhibet, etiamsi reliquae corporis partes diversis interim modis possint se habere, ut probant innumera experimenta, quae hîc recensere non est opus..

P21. Adverto praeterea eam esse corporis naturam, ut nulla ejus pars possit ab aliâ parte aliquantum remotâ moveri, quin possit etiam moveri eodem modo a quâlibet ex iis quae interjacent, quamvis illa remotior nihil agat. Ut, exempli causâ, in fune A, B, C, D, si trahatur ejus ultima pars D, non alio pacto movebitur prima A, quàm moveri etiam posset, si traheretur una ex intermediis B vel C, & ultima D maneret immota. Nec dissimili ratione, cùm sentio dolorem pedis, docuit me Physica sensum illum fieri ope nervorum per pedem sparsorum, qui, inde ad cerebrum usque funium instar extensi, dum trahuntur in pede, trahunt etiam intimas cerebri partes ad quas pertingunt, quemdamque motum in iis excitant, qui institutus est a naturâ ut mentem afficiat sensu doloris tanquam in pede existentis. Sed quia illi nervi per tibiam, crus, lumbos, dorsum, & collum transire debent, ut a pede ad cerebrum perveniant, potest contingere ut, etiamsi eorum pars, quae est in pede, non attingatur, sed aliqua tantùm ex intermediis, idem plane ille motus fiat in cerebro qui fit pede male affecto, ex quo necesse erit ut mens sentiat eundem dolorem. Et idem de quolibet alio sensu est putandum.

P22. Adverto denique, quandoquidem unusquisque ex motibus, qui fiunt in eâ parte cerebri quae immediate mentem afficit, non nisi unum aliquem sensum illi infert, nihil hac in re melius posse excogitari, quàm si eum inferat qui, ex omnibus quos inferre potest, ad hominis sani conservationem quàm maxime & quàm frequentissime conducit. Experientiam autem testari, tales esse omnes sensus nobis a naturâ inditos; ac proinde nihil plane in iis reperiri, quod non Dei potentiam bonitatemque testetur. Ita, exempli causâ, cùm nervi qui sunt in pede vehementer & praeter consuetudinem moventur, ille eorum motus, per spinae dorsi medullam ad intima cerebri pertingens, ibi menti signum dat ad aliquid sentiendum, nempe dolorem tanquam in pede existentem, a quo illa excitatur ad ejus causam, ut pedi infestam, quantum in se est, amovendam. Potuisset verò natura hominis a Deo sic constitui, ut ille idem motus in cerebro quidvis aliud menti exhiberet: nempe vel seipsum, quatenus est in cerebro, vel quatenus est in pede, vel in aliquo ex locis intermediis, vel denique aliud quidlibet; sed nihil aliud ad corporis conservationem aeque conduxisset. Eodem modo, cùm potu indigemus, quaedam inde oritur siccitas in gutture, nervos ejus movens & illorum ope cerebri interiora; hicque motus mentem afficit sensu sitis, quia nihil in toto hoc negotio nobis utilius est scire, quàm quòd potu ad conservationem valetudinis egeamus, & sic de caeteris.

P23. Ex quibus omnino manifestum est, non obstante immensâ Dei bonitate, naturam hominis ut ex mente & corpore compositi non posse non aliquando esse fallacem. Nam si quae causa, non in pede, sed in aliâ quâvis ex partibus per quas nervi a pede ad cerebrum porriguntur, vel etiam in ipso cerebro, eundem plane motum excitet qui solet excitari pede male affecto, sentietur dolor tanquam in pede, sensusque naturaliter falletur, quia, cùm ille idem motus in cerebro non possit nisi eundem semper sensum menti inferre, multoque frequentius oriri soleat a causâ quae laedit pedem, quàm ab aliâ alibi existente, rationi consentaneum est ut pedis potius quàm alterius partis dolorem menti semper exhibeat. Et si quando faucium ariditas, non ut solet ex eo quòd ad corporis valetudinem potus conducat, sed ex contrariâ aliquâ causâ oriatur, ut in hydropico contingit, longe melius est illam tunc fallere, quàm si contrà semper falleret, cùm corpus est bene constitutum; & sic de reliquis.

P24. Atque haec consideratio plurimum juvat, non modo ut errores omnes quibus natura mea obnoxia est animadvertam, sed etiam ut illos aut emendare aut vitare facile possim. Nam sane, cùm sciam omnes sensus circa ea, quae ad corporis commodum spectant, multo frequentius verum indicare quàm falsum, possimque uti fere semper pluribus ex iis ad eandem rem examinandam, & insuper memoriâ, quae praesentia cum praecedentibus connoctit, & intellectu, qui jam omnes errandi causas perspexit; non amplius vereri debeo ne illa, quae mihi quotidie a sensibus exhibentur, sint falsa, sed hyperbolicae superiorum dierum dubitationes, ut risu dignae, sunt explodendae. Praesertim summa illa de somno, quem a vigiliâ non distinguebam; nunc enim adverto permagnum inter utrumque esse discrimen, in eo quòd nunquam insomnia cum reliquis omnibus actionibus vitae a memoriâ conjungantur, ut ea quae vigilanti occurrunt; nam sane, si quis, dum vigilo, mihi derepente appareret, statimque postea dispareret, ut fit in somnis, ita scilicet ut nec unde venisset, nec quo abiret, viderem, non immerito spectrum potius, aut phantasma in cerebro meo effictum, quàm verum hominem esse judicarem. Cùm verò eae res occurrunt, quas distincte, unde, ubi, & quando mihi adveniant, adverto, earumque perceptionem absque ullâ interruptione cum totâ reliquâ vitâ connecto, plane certus sum, non in somnis, sed vigilanti occurrere. Nec de ipsarum veritate debeo vel minimum dubitare, si, postquam omnes sensus, memoriam & intellectum ad illas examinandas convocavi, nihil mihi, quod cum caeteris pugnet, ab ullo ex his nuntietur. Ex eo enim quòd Deus non sit fallax, sequitur omnino in talibus me non falli. Sed quia rerum agendarum necessitas non semper tam accurati examinis moram concedit, fatendum est humanam vitam circa res particulares saepe erroribus esse obnoxiam, & naturae nostrae infirmitas est agnoscenda.

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